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Remise des prix du Concours du Parlement 2014-2015 : discours de Luc baba

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27 mai 2015

Bonjour à tous,

Très heureux d’être là pour de bonnes nouvelles à offrir. Merci au Parlement de la FWB de nous accueillir en ses salons.

De bonnes nouvelles et pourtant un thème en grimace. Les maux des mots. Les mots ont mal ? Qu’est-ce que vous leur faites ? Vous les abandonnez! Oui. C’est de cela qu’ils souffrent notamment. Et les dictionnaires deviennent dans l’indifférence des homes pour vieux mots, quand ce ne sont pas des cimetières de mots.

Jeton chapechutant sous les trémois marchés où filent les passières, étarquant l’étésien balade les noie-chiens, jouant là biribi, cligne-musette ici. Debout le pérégrin pernocte, vouge au point, tu comprends ? C’est du français. Les mots ne parlent-ils plus notre langue ?

Etres vivants, les mots souffrent d’oubli.

Ils meurent, en effet Vaugelas s’en inquiéta et d’autres avant lui. Mais je voudrais rappeler qu’ils naissent aussi, et se font reflets de la culture qui les met au monde. Qu’on s’en réjouisse un peu et qu’on leur rende hommage. Parmi les jeunes mots du français :
Dans les années

  • 60 : s’éclater, contestataire, hippie, bof,
  • 70 : cool, ovni, macho, verlan.
  • 80 : zapper, meuf, loser.
  • 90 : courriel, airbag, euro, désamiantage et négationniste.
  • 2000 : écoquartier, altermondialisme, électrosensible, blog, blu-ray, buzzer, bling-bling, tweet, cougar, smartphone.
  • 2010 : bombasse, liker, clasher, lol, retweeter …

 

Aaah, j’oublie kiffer. Du mot kif. Mélange de tabac et de chanvre. Cité par Baudelaire dans du vin et du haschisch : « ce que les orientaux appellent le kief, c’est le bonheur absolu. » Haschisch ayant donné haschashi, buveur de haschisch, qui lui-même a donné assassin. En Afrique du nord, un kif est devenu un plaisir, et le verbe kiffer a poussé la porte de nos conversations. Verbe vif, rouge, franc. Il ne me déplaît pas.

Ils meurent les mots, et d’autres naissent. Ici, ailleurs, en toute langue. Savez-vous que l’on parle encore 6000 langues de par le monde ?

Savez-vous que des gens parlent, soussou et zaza-gorani
khmu, mbum, ou phnong, Aguaruna, Ashaninka,
D’autres encore le bella coola , le bourouchaski,
cumanagoto, grand q’anjobalan, janjerro, okanagan
Il y a des gens parlant gros-ventre du Montana, kamtchadale, karatchaï balkar,
konkani, koumandine, loka, lolori, lobi, des gens parlent lower coquille
Le kua-tsua, le lingala, lotuko, lybico-berbère
Mary’s river, mak, nez percé, Tchi, truku, tri, vallader
Lac-de-l’ours et peau de lièvre, oui,
Il y a des gens qui parlent peau de lièvre !
peki, pepel, peul, petit-russe
Munduruku, fanangalo, cœur d’alène, colville, cross river
Il y a des gens qui parlent le betise
Le bisu, le blé, le bobo fing
Wallon, wolof, wu, wallisien, marquisien et kordofanien
Thai, thai-tai, thai-yay, têtes-plates, votiak, squliq, tarok, rutul,
Pounouique ou pou-nou, guguu, kabana, toba batak
Jahai, jaba, jaad, gagaouze et français

Je les cite parce que si les mots ont mal trop souvent, il arrive qu’ils aient bon. Ici, ou ailleurs. Sur les 6000 langues, il en restera 500 tout au plus à la fin de ce siècle, si rien n’est fait. Et rien n’est fait. Car pour sauver ce qui peut l’être encore, les hommes se sont promis de se lever avec les poules, quand elles auront des dents. Quando gli asini voleranno, quando las ranas crien pelos, wanneer de kalveren op het ijs dansen. Pigs might fly.
Je n’ai pas envie que disparaissent une langue où courir se dit danser vite, une langue qui s’appelle debout, une langue où le verbe avoir n’existe pas, une langue où auriculaire se traduit par « j’en n’ai rien à cirer d’être grand », que le wallon agonise, ça m’fait potchî foû d’mes clicotes, et je n’ai pas envie que ma langue française soit éventrée. Elle mérite qu’on prenne soin d’elle, vous savez tous à quel point.

Aussi, c’est une bien belle idée qu’à eue le Parlement de la FWB de chuchoter « les maux des mots » à l’oreille des écoles, en cette société qui boude les arts et la culture, les invitant par un calembour à réfléchir à l’état de leur langue. Par le conte ou la fable. Oui !

Le conte et la fable survivants d’un lointain Moyen-Age, dont on retrouve la trace jusque sur nos emballages de biscuits, oh, petit Prince de Lu esthétique et synthétique. Belle idée de rendre hommage au conte et aux conteurs, les conteurs, ces gens affables sans qui le petit prince de synthèse eu péri, ces conteurs qui font montrer au loup noir patte blanche n’ai-je pas raison de les remercier ? Eux qui nous font croire encore en un chat aux bottes rouges, plus prompt que le vent. Car c’est bien connu, les chats lents sont gris et les chats prompts rouges. Pardon, le thème est présenté sous un jeu de mot, je me devais d’en glisser l’un ou l’autre, ils sont fumeux, d’accord, je les écrase comme mégots dans le cendrillon et reviens au concours.

Il était une fois, il devrait être plus souvent, un grand nombre de professeurs qui souhaitèrent poser sur leur table un projet conséquent aux facettes multiples. Car cette année encore il s’agissait en effet de joindre l’image au texte, de filmer, de mettre en scène. Nous avons raison d’applaudir ces enseignants téméraires qui ont compris l’importance de soigner un chemin d’apprentissage original, un chemin qui rend les élèves auteurs et acteurs de projet, un chemin qui permet de mettre en lumière des talents, un chemin de réflexion, d’expression, et de création, j’ai dit que nous avions raison de les applaudir.

Nous aimerions récompenser chacun, écrire une lettre à chaque élève, un message personnel, un courriel, nous aimerions inviter tous les élèves du monde à se servir des mots pour défendre leur liberté, à en savourer le charme et la force, à les porter plus haut que les drapeaux et les armes, à les connaître parce qu’ils sont des fenêtres donnant sur le monde et sur leur propre vie. Mais nous nous contenterons, je veux dire que nous sommes contents d’honorer les projets qui nous ont paru les plus aboutis.

Bien sûr nous avons lu certains propos consensuels, où les mots des djônes, djônes signifiant djeuns en djeuns, le wallon n’est pas loin, et la belle langue des anciens se côtoient comme nains et Blanche-Neige, ou Hansel et Gretel, quelques pages où les djeuns disent oui, nous devons respecter le français et faire bien attention parce que les sms c’est pas bien comme on les écrit, regarde, oh Parlement, comme nous sommes sages et dignes. Mais nous avons aussi découvert une part d’insolence et d’humour, où c’est Batman et Pipistrelle qui se rencontrent, d’habiles points de vue, et des histoires fines, des traits de crayon dont on reparlera, d’épatantes mises en image.

Mais juste avant de congratifier les élus, je parle des classes, je me permets de traverser rapidement l’Arménie, pour vous en ramener un proverbe, et le plus beau mot du monde. « Si mon cœur est étroit, à quoi sert-il que le monde soit si vaste ? » Quant à ce mot que j’aime par-dessus tout, c’est le verbe elani. En français : tendre à devenir. Voilà ce que je vous souhaite à tous. Voilà un mot d’ailleurs qui aurait bon partout sur terre. Elani. Tendre à devenir.

En attendant, gamin perché, dis à ta meuf que tu la kiffes. Mais je te demande d’oser dire un jour à ta femme que tu l’aimes. Tu verras alors qu’un mot ne vaut pas toujours un autre mot. Enfin, prends ton temps, n’est-ce pas, prends ton temps. Je vous salue bas, et vous félicite du fond du cœur, au nom du Parlement, et de tous les membres du jury.

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